C’est l’un des dossiers chauds de la rentrée. Dans un mois tout au plus, les salariés et les franchisés de Speedy connaîtront l’identité de leur nouveau repreneur, tant il parait aujourd’hui évident qu’Itochu Corporation va revendre par appartement l’empire Kwik Fit acheté début mars pour 637 millions d’euros (et 470 millions de dettes) au fonds PAI Partners. Soit 2 fois moins que la dot payée par Ford en 1999 pour s’offrir le N°1 européen. Donc, pour résumer, d’un côté Speedy-France et ses 460 centres, de l’autre, son ex-maison mère poursuivant sa carrière, notamment en Grande Bretagne et Pays Bas.
Sur les rangs, un seul repreneur déclaré (Gilles Chauveau adossé à un fond d’investissement) et des rumeurs ,notamment autour de Feu Vert, associé ou non -selon les sources- à Jacques Le Foll, actuel président de Speedy, En fonds de décor, la crise interne qui secoue l’enseigne depuis l’annonce du possible retour de Gilles Chauveau attendu comme le « sauveur » par nombre de franchisés et de salariés de Speedy ,visiblement déçus ( le mot est faible) par 3 ans de « follisme ».
Toutes les révolutions ont leur balcon. C’est celui de notre site internet -autopros.fr- qu’ont choisi massivement les Speedy pour afficher leur mal vivre à travers quelques 153 commentaires postés entre mars et juillet dont 50% n’ont pas été mis en ligne par nos soins, compte tenu du caractère trop vif, voire diffamatoire des propos tenus, pour un camp comme pour l’autre.
Dans la partie de poker qui se joue à plusieurs millions d’euros, Internet rend possible tous les coups tordus, qu’il s’agisse de manœuvres d’officine spécialisée dans le networking ou des débordements de supporters postant des messages en se faisant passer pour autrui (1). Reste que les commentaires ciblant la direction de Speedy sont largement majoritaires (80%) et qu’il est possible d’aller vérifier certaines assertions sur le terrain.
Tous les réseaux ont leur personnalité. Fortement marqués par les18 ans de l’ère Chauveau (proximité, charisme et ascenseur social) les Speedy entretiennent une relation passionnelle avec leur enseigne qui n’est pas sans rappeler celle du réseau Alfa Roméo dans les années de plomb de Fiat. Et, visiblement, ils ne sont pas en phase avec le style Le Foll.
Premier « hic », le relationnel. Formé à l’école de la grande distribution, le Pdg de Speedy est décrit comme « distant, cassant, hautain, autiste ». Difficile dans ces conditions de faire durablement son « trou » dans un réseau à très haute valeur humaine ajoutée. Les anecdotes foisonnent. Trois ans après la convention d’intronisation du nouveau Pdg, nombre de Speedy se rappellent encore que, ce jour-là, le nouveau boss « n’a même pas fait un tour de salle pour leur serrer la main ». Aujourd’hui, plusieurs semaines après le rachat d’Itochu, d’aucuns attendent encore le « mot du président » censé les informer de la vente.
Deuxième écueil : le management avec des cadres sous pression. Comme d’habitude, les uns essayent de faire correctement leur boulot quitte à empiéter peu ou prou sur le terrain du voisin (le plan de commerce 2011 fixé curieusement par la direction des achats) ; les autres rêvent de devenir calife à la place du calife. D’où une stratégie plutôt opaque et des ordres et contre-ordres à répétition. Exemple : le retour à la pub TV annoncé le matin à un comité réseau par le directeur marketing et infirmé le soir à 17 heures par le Pdg. D’où également des démissions. Le dernier départ en date étant celui de la DRH qui a quitté l’entreprise le 19 août …quelques semaines, après avoir officialisé la fermeture permanente à l’heure du déjeuner de certains centres intégrés entre 12h30 à 14 h. A Trappes, Sevran, Bougival et la Courneuve, (pour ne citer qu’eux), les concurrents applaudissent…
Troisième clivage : le commerce et son corollaire la publicité. Confronté à une perte de rentabilité importante (900 000 euros en 2009, dernier chiffre connu à rapprocher des 22 millions de gain de 2007), la direction de l’enseigne a du faire une croix sur la pub TV, cheval de bataille et signature de Speedy depuis l’origine. « Nanterre nous explique que la radio, le web, les gratuits, l’affichage et la braderie sur vente privées.com remplace aisément la TV. Mon tiroir-caisse, lui, dit le contraire ! » râle un franchisé.
Conséquence : dans le tohu-bohu publicitaire des deux dernières années largement dominé par le matraquage des constructeurs et les croisades de ses concurrents, l’enseigne peine à défendre son territoire traditionnel, hors le freinage plus rentable à ses yeux. Et elle n’arrive pas non plus à installer ses nouveaux leviers de croissance tel la courroie de distribution » La remarque vaut pour la garantie constructeur, la clim et même pour le concept « Speedy Glass » dont le centre-pilote de Sainte Geneviève des Bois n’a pas été dupliqué.
D’où la grogne d’une importante fraction du réseau intégré et franchisé qui dépasse très largement la guerre de cession-succession en cours. Jacques Le Foll se faisait fort de réveiller la Belle Endormie. Il a d’évidence échoué. « Cela fait trois ans que nous n’avons plus ni valeurs, ni d’identité. Notre enseigne, hier novatrice, est toujours en retard » explique l’un de nos correspondants sur le Net Il devient donc urgent de sauver le soldat Speedy en mettant à profit le rachat qui se profile pour repartir sur des bases plus saines . Tout le monde en est persuadé. Sauf peut-être l’intersyndicale-maison qui s’est fendue le 21 juin d’un communiqué rappelant à Itochu sa promesse de céder Speedy France -en cas de cession – « à une entité s’inscrivant dans la continuité du développement actuel ». Comme quoi, le pire n’est jamais certain.
Bertrand TARISIEN
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