Francis Davoust, le président des agents et des indépendants du CNPA*, ne décolère pas. A ce jour, un nombre encore trop important d'adhérents n'aurait toujours pas reçu la visite des collecteurs pour leurs pneumatiques usagés. "Certains en ont 300, d'autres jusqu'à 2000 ! Rendez-vous compte de la dangerosité d'un tel stock dans un garage ! Nous avons fourni à Aliapur et FRP, une liste sur laquelle figuraient nos 400 demandes urgentes de collecte. Si 40% ont bel et bien été collectés (soit 32000 pneus auprès de 120 entreprises), 30% sont encore en attente. Pire, les derniers 30% restant seraient carrément laissés pour compte". Les raisons ? Critères de stockage non respectés, taux de valorisation insatisfaisant, pneus issus du web, changement du nom de l'exploitant... "autant de motifs qui laissent 30% de garages sur le carreau ! Comme d'habitude, les plus grosse structures ont bénéficié en priorité de la collecte au détriment des plus petits". Francis Davoust a déjà informé le Ministère de l'Ecologie de la situation, sans réponse. Aliapur rétorque qu'il ne peut faire plus que son engagement supplémentaire décidé en mai (10 000 tonnes par anticipation sur 2011). La situation est bloquée. Alors, pour identifier clairement les garages en souffrance, le CNPA lance une enquête nationale auprès de ses adhérents. Objectif : connaître le nombre exact de pneus usagés stockés par atelier, le collecteur habituel, la date de la dernière collecte, mais aussi la part de pneumatiques achetés à l'étranger. Car derrière cette question se cache la problématique des pneus issus d'Internet.
Pas d'éco contribution, pas de collecte
Ces pneus sont vendus par des sites basés à l'étranger et ne sont ni déclarés ni soumis à l'écotaxe. Aliapur estimait déjà l'an passé à 5000 tonnes par an leur nombre. Un manque à gagner pour la filière de recyclage, qu'Aliapur avait dénoncé l'année dernière (lire article) en refusant de les prendre en charge. Pour rappel, l'éco contribution est obligatoire par décret pour chaque pneumatique (1,50 euros HT par pneu). Le CNPA compte sensibiliser ses adhérents sur ce thème "afin qu'ils comprennent qu'ils sont responsables au regard de la loi de ces pneus. Ils sont considérés comme producteurs", souligne Francis Davoust. La solution serait évidemment que les sites déclarent le nombre de pneus importés sur le territoire et qu'elles indiquent clairement si l'éco taxe est acquittée... ou non. "Les Pouvoirs Publics ont le devoir de s'assurer de l'application du décret et de la bonne tenue de la collecte", indique Francis Davoust. "En attendant, la tension monte dans les garages. Certains menacent. Les pneus en attente pourraient fort bien se retrouver devant les portes des préfectures. Il faut donc agir et vite".
*Conseil National des Professions de l'Automobile